La présidente de la commission de la Production à l’Assemblée nationale dénonce l’emploi disproportionné de la force par la gendarmerie nationale. Hadjira Oumouri dit «condamner avec la plus grande fermeté le comportement de l’armée. Il est inadmissible que ces actes restent impunis ; la justice doit jouer son rôle.’’

 

Par Abdallah Mzembaba

Dans un communiqué publié hier, le Syndicat national des professeurs comoriens (Snpc) exprime son ‘‘mécontentement’’ et son ‘‘indignation’’ après la descente musclée des forces de l’ordre, avant-hier, au lycée de Moroni. Il déplore des agissements «malveillants et irresponsables» et condamne énergiquement des «comportements conduisant au chao et à l’anarchie». Le Snpc dit se joindre aux familles de tous les élèves et «celles dont les enfants sont agressés, fusillés et blessés pour partager cette désolation».

Insécurité

Au-delà des mots, il a appelé le corps enseignant de tous les établissements publics à «observer un arrêt de cours de 72h» à compter d’hier. Le mouvement syndicaliste dit suivre avec attention la suite des événements et promet de prendre d’autres décisions le moment venu.
Du côté des élèves, c’est l’incompréhension et le sentiment d’insécurité qui prédominent. Elève de la terminale A4/9, Djamaldine Ali Ahamada juge les 72 h trop courtes compte tenu des événements. Si cela ne dépendait que de lui, il aurait décrété une semaine d’arrêt de cours. Secrétaire général de la Coopérative du secteur public, qui regroupe lycéens et collégiens, il condamne le gouvernement pour «avoir pris une telle décision». «L’armée est censée nous protéger et au lieu de cela, elle nous a massacrés. En 2015, elle a fait la même chose et cette fois, elle est venue avec des fusils comme si nous étions armés», se plaint-il.

Irresponsabilités et dérapages

Selon lui, «si nos parents le pouvaient, ils nous scolariseraient dans le privé. Il ne fait pas bon vivre ici, nous ne sommes pas en sécurité. Ces dérives de l’armée ont tendance à être impunies ; ce qui aggrave les choses». A noter qu’une vidéo circule sur les réseaux sociaux où l’on voit des hommes du Pign passer à tabac des jeunes élèves dans l’enceinte de la vice-présidence en charge de l’Energie.
La présidente de la commission de la Production à l’Assemblée nationale s’aligne sur les propos qui dénoncent les actes commis par les forces de l’ordre. Hadjira Oumouri dit «condamner avec la plus grande fermeté le comportement de l’armée. Il est inadmissible que ces actes restent impunis, la justice doit jouer son rôle et chacun à son niveau doit prendre ses responsabilités. L’armée n’avait pas à pénétrer dans l’enceinte du lycée. Aucune raison n’est légitime face à ce comportement indigne et irresponsable». Comme elle, Ahmed Mohamed Allaoui, le président de la Commission nationale des droits de l’homme et de liberté (Cndhl), dit comprendre la mission régalienne de l’armée dans le maintien de l’ordre, mais «cela doit être fait dans le respect des droits de l’homme et des textes en vigueur». Il condamne l’utilisation d’armes à feu dans le maintien de l’ordre jugeant qu’il n’y avait d’ailleurs pas «de proportionnalité».
Le recours à l’arme requiert des conditions spécifiques et elles n’étaient pas réunies lundi. «Nous avons organisé des formations avec la gendarmerie sur le respect des droits de l’homme et des différents textes en vigueur et c’est regrettable de voir que c’était vain», déclare Ahmed Mohamed Allaoui.

«Pas de plainte»

Il appelle le gouvernement à assurer les soins médicaux des blessés. Dans le même sens, la Cndhl assure vouloir accompagner le ministère de la Justice pour éclaircir cette affaire et déterminer les différents responsables. Enfin, «nous sommes disposés à accompagner le Snpc dans sa plainte». Sauf qu’au parquet de Moroni, on dit n’avoir reçu aucune plainte. D’ailleurs, «aucune enquête n’a été ouverte», soutient le substitut du procureur de la République, Abdoulhalim Hamadi Islam. Et d’ajouter que le parquet a ordonné la libération de la dizaine d’élèves détenus par les forces de l’ordre. Pour l’heure, les différentes parties attendent de voir l’évolution de la situation.

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