Deux semaines après le décès d’une sexagénaire victime de violences conjugales, l’Ong Hifadhu a organisé, avec d’autres plateformes et associations de défense des droits de l’homme, une marche pour protester contre la violence faite contre les femmes et les enfants.
Par Abdou Moustoifa
Hier mardi, l’Organisation non-gouvernementale, Hifadhu a organisé à Moroni, avec la société civile une marche pour dénoncer la résurgence des violences sur le genre dans le pays. Elle a été parrainée par le commissariat au Genre, en collaboration avec d’autres partenaires internationaux comme l’Unfpa, l’Ambassade de France et autres.
Cette marche, qui habituellement est organisée conjointement avec la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la violence faites aux femmes et aux enfants, avait mobilisé plusieurs personnalités, notamment des femmes dont l’épouse du gouverneur de Ngazidja et la députée Hadjira Oumouri.
Cette dernière a affirmé, à cette occasion, que la violence faite aux femmes existe bien dans le pays. L’élue de Mbadjini-ya-Itsahidi a donc appelé toutes les femmes à doubler d’efforts pour lutter contre le fléau. La présidente de l’Ong Hifadhu, Rahamatou Goulam qui s’est réjouie de la mobilisation, espère que ce rassemblement servira comme un cri d’alarme et interpellera les autorités afin qu’elles trouvent des solutions urgentes à ce problème.
Changer les mentalités
Selon elle, la lutte doit commencer par le changement des mentalités sociales dans les villes et villages. Si ces violences sont légion, à l’en croire, c’est parce que l’on n’ose pas dénoncer les faits sous prétexte que l’agresseur est, parfois, un membre de la famille. «Aujourd’hui, dit-elle, les parents ont un rôle très important dans ce combat car ils doivent offrir à leurs enfants une éducation digne de ce nom.»
Elle estime, par ailleurs, que le laisser aller de certains parents ou encore le mode vestimentaire indécent de certains enfants leur rend vulnérables. Elarif Minihadji, militant des droits de l’homme, a pointé du doigt un laxisme latent de la part des autorités sur la résolution de ce fléau qui ne cesse de gagner du terrain dans le pays. «Des fois, certaines autorités interviennent pour que ces malfaiteurs échappent à la justice ou qu’ils soient relâchés», a-t-il dénoncé. A l’en croire, même la brigade des mineurs ne possède pas un seul véhicule.
Selon lui encore, «la complaisance» de la justice dissuade la population à porter plainte ce qui vraisemblablement fait empirer la situation car elle encourage les actes extrajudiciaires. «Ce laisser aller de la justice reste toujours très inquiétant», insiste-t-il.
«Au niveau national, on a recensé plus de 500 cas de violences dont sont victimes des femmes, des filles et des jeunes garçons abusés moralement, physiquement ou sexuellement », a indiqué, en outre, la présidente de Hifadhu.
Rien qu’au cours de ces derniers 3 mois, quatre femmes victimes de violences conjugales ont succombé à leurs blessures. Dans ses témoignages, Mme Goulam a rapporté que, le dimanche dernier, un étranger aurait été vu entrer dans une maison avec quatre filles mineures. Mais le temps d’alerter les autorités compétentes, les forces de l’ordre auraient surpris l’homme avec des bouteilles d’alcool mais les filles n’étaient pas déjà sur les lieux. «Pire encore, jusqu’à maintenant aucune des victimes n’a été entendue mais seulement un des témoins a pu livrer sa version. Aujourd’hui, l’accusé serait libre. Selon des sources concordantes l’enquête doit être complétée», a expliqué Rahmatou Goulam.

