Le ralentissement général de l’économie africaine en 2016 est caractérisé, cependant, par une croissance à plusieurs vitesses selon les pays. Si la baisse du cours des matières premières pénalise fortement les pays producteurs de pétrole et dans une moindre mesure les pays non-pétroliers riches en ressources naturelles, elle profite en revanche aux autres quand ces derniers ont su diversifier leur économie ou encore améliorer le climat des affaires. Pour sa part, l’économie comorienne, sur la période 2010-2016, se distingue de l’évolution générale enregistrée par les économies de l’Afrique sub-saharienne. Elle est principalement affectée, dès le second semestre 2014, par la crise énergétique, les retards dans l’exécution du budget d’investissement et la crise des finances publiques.
Après avoir connu une croissance économique soutenue pendant 20 ans, l’Afrique sub-saharienne (ASS) connait un fort ralentissement de son économie. Sur la période 2010-2014, le FMI estime que la croissance moyenne de l’ASS s’est située aux environs de 5.3 %, et que le ralentissement déjà observé en 2015 (3.4%) s’est poursuivi et amplifié en 2016 (1.4%).
En l’espace de deux ans, l’Afrique qui s’inscrivait dans une phase d’expansion continue, se trouve aujourd’hui en situation d’appauvrissement relatif, la croissance économique étant inférieure à la croissance démographique. La croissance africaine qui avait été ces dernières années la seconde région la plus dynamique du monde après l’Asie connait désormais une croissance nettement inférieure à la croissance mondiale.
Cette tendance globale masque cependant des situations contrastées selon les groupes de pays. En effet, le ralentissement général qui affecte plusieurs pays africains concerne essentiellement les pays exportateurs de matières premières, principalement les pays pétroliers (Nigeria, Angola, Ghana…) et dans une moindre mesure les pays exportateurs de matières premières non pétroliers (Afrique du Sud, Guinée, RDC…).
Il n’y pas que la chute des cours des matières premières
A l’inverse, les pays africains pauvres en ressources naturelles connaissent pour la plupart d’entre eux une accélération de leur croissance profitant de l’allègement de leur facture pétrolière (Sénégal, Kenya, Ethiopie, Rwanda…) mais aussi des efforts accomplis pour diversifier leur économie ou encore améliorer l’environnement des affaires, ceci est particulièrement le cas pour des pays comme le Sénégal, le Kenya, la Tanzanie, ou le Rwanda.
La chute des cours des matières premières n’est pas la seule explication de la crise. La chute du cours des matières premières, notamment la forte baisse du prix du brut en 2014 et 2015, a entrainé pour une forte détérioration des termes de l’échange mais aussi l’effondrement des recettes générant d’importants déficits de leurs balances des paiements mais aussi de leurs finances publiques.
Cependant d’autres facteurs ont joué un rôle amplificateur dans la crise à l’instar de la détérioration de leurs conditions de refinancement sur les marchés obligataires ou encore l’inadéquation des politiques budgétaires et monétaires appliquées pour faire face à la crise, notamment au regard du caractère trop tardif de l’ajustement. En tardant à ajuster leur politique budgétaire et monétaire, certains pays (Afrique du Sud, Angola, Zambie…) ont vu leurs réserves de change fondre et ont enregistré une détérioration du cours de leur monnaie quand ces pays n’appartiennent pas à une union monétaire.
Une évolution singulière
Sur la période 2010-2016, l’économie comorienne se distingue de l’évolution générale enregistrée par les économies de l’Afrique sub-saharienne. Celle-ci est principalement affectée dès le second semestre 2014 par la crise énergétique, les retards dans l’exécution du budget d’investissement et la crise des finances publiques.
Bien qu’appartenant au groupe de pays pauvres en ressources naturelles, et à l’inverse de la plupart des pays relevant de ce groupe, son activité économique n’a pas profité en 2014 et 2015 de la baisse des cours des produits pétroliers. Elle enregistre même en 2015 un taux de croissance de 1%, soit le niveau le plus faible sur la période considérée et nettement inférieur au taux d’accroissement naturel. Cette situation est paradoxale.
En effet, alors que la plupart des pays pauvres en ressources naturelles ont profité de la baisse de leur facture pétrolière, les retombées de la chute du cours du baril sont restées localisées au niveau de la Sch et il faudra attendre le 7 juin 2016 pour que la baisse des cours du pétrole puisse enfin profiter à l’économie et au consommateur comorien.

