Depuis hier, le consortium Eassy a désactivé la capacité de Comores Télécom, laissant le pays sans connexion Internet. Ni l’Adsl, ni les données mobiles ne fonctionnent. Cette désactivation intervient après un ultimatum lancé par le consortium à l’endroit de l’opérateur public de télécommunications. Combien de temps durera cet isolement des Comores ? Aucune source n’était capable, hier, de nous donner une réponse.
Selon le règlement du consortium, tous les opérateurs affiliés à Eassy ont le droit d’accéder «à toutes les stations d’atterrissage et d’activer leurs capacités entre tous les points sur le réseau international». Il faut savoir que les deux opérateurs (Comores Télécom et Telma) en font partie.
Dans un courrier du 3 novembre 2016 adressé au directeur général de Comores Télécom par le président du comité de gestion d’Eassy, Chris Wood, on apprend que «Telma n’a pas été autorisée à activer sa capacité à la station d’atterrissage de Moroni malgré les nombreuses demandes formulées depuis plus d’un an». Pour lui, cela «constitue une violation du C&MA d’Eassy par Comores Telecom.» Et le comité de gestion d’Eassy de manier le bâton :«A défaut d’enlever une violation du C&MA dans les délais prescrits, la capacité de la partie défaillante risque d’être désactivée(en vertu de l’article 22) ; dans ce cas, la désactivation se produirait le 15 novembre prochain.»
Le 16 novembre au matin, beaucoup pensaient que nous étions tirés d’affaire puisqu’il était encore possible de se connecter. Mais, quelques heures plus tard, ce qui devait arriver arriva : Eassy a mis sa menace à exécution.
Dans une correspondance adressée la veille de l’expiration de cet ultimatum à Chris Wood, la direction de Comores Telecom fait savoir que «nous sollicitons un arbitrage de la chambre de commerce de Londres dans les conditions citées dans les articles 39.3 et 39.4 puisque le Comité de gestion a failli dans sa mission du règlement de ce litige entre les deux membres du consortium, à savoir Comores Telecom et Telma.»
L’opérateur historique qualifie la plainte de Telma de «mensongère». Selon lui, Telma ne l’a sollicité pour l’accès à la station Eassy de Moroni que depuis le 14 octobre au lieu d’un an. Et de sortir un nouvel argument : «la société Telco n’est pas une filiale de Telma telle que définie dans l’article 32.2 du C&MA».
Toujours est-il qu’à l’heure où nous mettions sous presse, personne n’était en mesure de nous dire quand pourrait prendre fin cet isolement «télécommunicationnel» du pays. Des mesures provisoires étaient en train d’être prises. Le directeur commercial, Mohamed Marzouk a assuré que la voix fonctionnerait et que le problème se poserait au niveau du data. Ainsi, «nous sommes en train de basculer sur le satellite, et nous allons, dans ce cas, privilégier les banques et les aéroports», a-t-il fait savoir.
Faïza Soulé Youssouf
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Interconnexion : Comores Telecom a soumis une proposition de tarifs à Telma
«Nous avons intérêt à ce que nous trouvions un terrain d’entente avec Telco dans la mesure où, si accord il y a, nous aurons à toucher un joli pactole. On a fait une proposition de tarifs à Telma pour l’interconnexion et le raccordement des câbles. Nous attendons sa réponse», a déclaré mardi le directeur général par intérim de Comores Télécom, Mohamed Marzouk.
Après la menace du consortium d’Eassy de désactiver la capacité de Comores Télécom, l’Assemblée nationale a aussitôt entrepris une médiation entre l’opérateur public de télécommunications et Teco, afin que les deux parties puissent rapidement parvenir à un terrain d’entente. Une réunion de conciliation étendue à Comores Câbles et à l’Anertic a eu lieu récemment pour essayer de décanter la situation. «Au cours de cette rencontre, Comores Télécom a accepté d’interconnecter et d’activer la capacité à partir de la station de Moroni au profit de la société Telco»,a fait savoir le député Oumouri Mmadi Hassane.
L’information nous a été confirmée séparément par les deux protagonistes. «Nous avons intérêt à ce que nous trouvions un terrain d’entente avec Telco dans la mesure où, si accord il y a, nous aurons à toucher un joli pactole. On a envoyé une grille tarifaire à Telma pour l’interconnexion et le raccordement des câbles. Nous attendons donc sa réponse», a déclaré le directeur commercial, Mohamed Marzouk, qui assure l’intérim du directeur général, parti en Chine.
Le responsable de la communication et des médias de Télco, Stéphane Abtoihi, confirme effectivement que «nous avons reçu une proposition de prix pour le raccordement des câbles et de l’interconnexion. Toutefois, les tarifs évoqués sont à la limite de l’indécence. Nous nous engageons dans la discussion pour obtenir des tarifs équitables pour le bien des Comoriens. Nous demandons à Comores Télécom de nous raccorder sans nous attribuer la connexion, et ce en attendant un accord sur les tarifs.»
En effet, pour le raccordement des câbles, l’opérateur public exige la somme de 598.511 euros, soit presque 300 millions de fc, mensuels contre 94.285 euros, soit presque 47 millions de fc mensuels, pour l’interconnexion. Des propositions jugées «déraisonnables».
Atteinte à la souveraineté nationale
Par ailleurs, l’Assemblée nationale appelle Telco à faire annuler la décision du consortium d’Eassy de désactiver la capacité de Comores Télécom. «Ce serait une atteinte à la souveraineté nationale. Nous considérons que les télécommunications font partie de cette souveraineté. Telco prétend qu’elle n’est pas en mesure de faire annuler cette décision alors que son fournisseur Telma fait partie des vingt-cinq membres du consortium Eassy. Nous ne croyons pas à cette hypothèse et une éventuelle désactivation aurait comme conséquence la remise en cause de la licence de Telma eut égard aux nombreuses zones d’ombres qui entourent justement ce dossier», croyait encore avant-hier Oumouri Mmadi Hassane. Mais, pour Telco, «l’injonction de désactivation ne provient pas de nous, mais du consortium. Comores Télécom doit répondre uniquement aux membres. Le câble Eassy n’appartient pas à Comores Télécom, mais plutôt aux membres qui composent le consortium. De notre côté, nous sommes en accord avec notre cahier des charges et nous comptons lancer notre premier appel commercial le 12 décembre comme prévu», a ainsi réagi Stéphane Abtoihi.
Comores Télécom continue d’accuser son concurrent d’être pour quelque chose dans la décision du consortium de désactiver sa capacité. «Nous jugeons que cette éventuelle sanction serait illégale pour deux raisons : Telco a menti en évoquant un différend qui date d’un an. Ensuite, durant toute cette procédure, en aucun moment, Comores Télécom n’a été entendue. Nous avons donc demandé la non-application de cette décision. Hélas, nous avons reçu une autre lettre qui nous somme de respecter ce verdict du consortium. La signature de Comores Télécom n’a été apposée que dans un seul document relatif à l’interconnexion. L’ancien directeur général avait signé sous la pression. Ce document a été annulé en commun accord», explique Mohamed Marzouk.
Mohamed Youssouf

