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L’article 2 de l’avant projet de loi référendaire portant révision de la constitution de l’Union des Comores du 23 décembre 2001 stipule que « Moroni est la capitale de l’Union. Une loi organique porte statut de cette ville et détermine les îles où siègent les institutions de l’Union. ». Ainsi, pour une fois, la capitale sera bien définie dans une constitution, si le projet de loi référendaire est adopté. Il était temps de donner un statut juridique á notre capitale politique, économique qui nous fait vraiment honte. Honte, car la ville de Moroni est devenue une ville poubelle, une ville containers, un grand bidonville.

La petite ville de 2 000 habitants en 1880 qui ne couvrait que 10 ha s’est développée considérablement depuis plusieurs décennies. En fait, le développement de la ville a pris un tournant décisif après la décision de l’Assemblée Territoriale en 1958 de transférer la capitale de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni, une décision mal reçue par les mahorais qui profiteront de cette occasion pour demander la départementalisation de leur île.
Pour justifier cette décision, très controversée à l’époque, le Haut Commissaire Yves Daruvar, déclara que « les 12 ha du rocher (Dzaoudzi) ne pouvaient répondre aux exigences de la modernité». La loi de 1961 a permis au Président du Conseil de créer des communes. Ainsi fut créée la commune de Moroni. Elle fut dotée d’une autonomie financière et était dirigée par un Administrateur – Maire nommé par le Conseil de Gouvernement pour une durée de 6 ans. Cet administrateur était aidé par un Conseil municipal de 20 membres élus. La commune disposait d’un budget dont les recettes provenaient des patentes et impôts acquittés par les commerçants. En 1963 le budget de la commune, s’élevait à 7 millions de F CFA.

Toutefois, en raison du contrôle excessif du pouvoir central et de la défection de la plupart des conseillers municipaux ne bénéficiant d’aucune indemnité et ayant peu d’intérêt pour la chose publique, l’expérience communale de la ville Moroni fut un échec. La période révolutionnaire d’Ali Soilihi (1975 – 1978) a initié les «Mudrias» pour remplacer les communes considérées comme étant un «héritage colonial» (art 12 loi fondamentale du 23 avril 1977), mais c’est fut également un échec. Depuis 1978, le régime d’Ahmed Abdallah marqua le retour des structures issues de l’administration coloniale et le renforcement de la centralisation administrative à Moroni, malgré le caractère fédéral de la République. En effet, la constitution de la République Fédérale Islamique des Comores du 1er octobre 1978 ainsi que les constitutions qui suivirent, proclamèrent, la commune comme étant, «la collectivité territoriale de base».

Et pourtant, dans les faits, la commune de Moroni n’a jamais été instituée, en dépit du développement considérable au cours de ces dernières décennies de la ville Ainsi, la superficie de la ville passa de 10 ha au début du siècle à plus de 400 ha actuellement. La population dépasse actuellement les 60 000 habitants.
Face à cette métamorphose de la ville, les infrastructures ne suivent pas et ne répondent pas aux besoins de ses habitants. Nos autorités politiques n’ont jamais assumé leur mission en matière d’éducation, d’urbanisme, d’assainissement, de décentralisation et de développement économiques de la ville. Pour compenser ces différentes défaillances, les différents associations de la ville de Moroni s’organisent pour gérer leur quartier et font office de Mairie. Elles s’organisent pour faire des travaux d’assainissement, de réfection des rues, de création d’espace des jeux, de construction des centres culturels etc… avec des fonds provenant de leurs activités lucratives (soirées dansantes et culturelles, cotisations de habitants). Ces actions qui sont d’une grande utilité pour les moroniens, souffrent de l’amateurisme de ceux qui les mettent en œuvre, de l’absence de sources de financement stables et d’une véritable coordination de ces activités pour un développement intégré de la ville de Moroni. D’où des les limites de ces genres d’activités associatives réalisées par des bénévoles. Il faut par conséquent passer à l’étape supérieure pour mieux superviser ces activités et prendre en compte d’une façon globale le développement de la ville de Moroni en rétablissant la commune tombée en désuétude depuis l’accession de notre pays à l’indépendance.

La commune est un instrument vital dans le développement économique et social d’un pays. Alexis de Toqueville, dans la Démocratie en Amérique (1835, 1re partie Chap. V.) a écrit  » C’est….dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté« . A travers cette citation de Toqueville, on comprend mieux les causes de l’échec des différentes institutions mises en place depuis l’accession de notre pays à l’indépendance le 6 juillet 1975, et les soubresauts de notre jeune démocratie.

L’expérience de la commune pilote de Moroni initiée par l’exécutif de l’île Autonome de Ngazidja a lamentablement échoué. En cette période de débat sur la reforme constitutionnelle, la question du statut juridique rétablissement de la commune de Moroni doit être débattue pour dégager des solutions aux problèmes cruciaux crées par l’administration au cours de ces dernières décennies à savoir, le problème foncier, le non respect du plan d’occupation des sols et du code de l’urbanisme, la dégradation des biens publics; la prolifération anarchique des foyers de bidonville et des décharges publiques à ciel ouvert, l’insécurité, insalubrités, les embouteillages, l’absence de logement social, de jardin publics …

En raison du développement anarchique de la ville de Moroni, le statut de la ville ne peut être réfléchi en ignorant les localités voisines d’Iconi, de Mdé, d’Itsandra Mdjini, de Dzahani, Salimani et Mavingouni, c’est à dire les villes et villages qui ceinturent la capitale. D’où la nécessité de réfléchir, à des formes de coopération et de regroupement communal pour éviter l’émiettement communal à la française qui constitue, un véritable handicap à la décentralisation effective de l’administration et une source de conflits inutiles qui nuiront d’avantage au développement économiques des collectivités territoriales à créer.

Ismaël SAADI

http://comoresdroit.centerblog.net/

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